« Ce n'est pas obligé de mal aller » : l'histoire de Caroline
Caroline travaille dans le réseau de la santé depuis près de 36 ans. Elle a commencé à 18 ans et est toujours restée dans la région. Cette fois, elle est du côté des patients.

Un corps qui prévenait
Quand Caroline reçoit son diagnostic de cancer du sein en novembre, elle n'est pas prise au dépourvu. Sa grand-mère et ses deux tantes ont eu la même maladie. Depuis deux ans, elle se sentait aussi plus fatiguée qu'à l'habitude, au point de faire de longues siestes en rentrant du travail.
Début septembre, sans nouvelles de sa lettre du Programme québécois de dépistage, elle appelle. Elle mentionne qu'elle sent une bosse et obtient sa référence par courriel le jour même. Mammographie, échographie, biopsie : le processus s'enclenche. « Je me suis dit tout de suite : c'est sûr que c'est un cancer. »
Le plus dur n'a pas été d'entendre la nouvelle, mais de l'annoncer à ses parents. « Ce n'est pas normal, pour un parent, de voir son enfant malade. » Sa sérénité les a aidés à la suivre dans chaque étape.
Un traceur plutôt qu'un harpon
Comme il n'y a pas de chirurgien plasticien au Suroît, Caroline est dirigée vers le CHUM pour sa chirurgie et sa reconstruction. La veille ou l'avant-veille, on lui installe de petits traceurs magnétiques sur la tumeur et sur le ganglion sentinelle : c'est la technologie Sentimag, que la Fondation contribue à rendre accessible dans la région.
Caroline, qui avait pris soin de se renseigner auprès de la cheffe du bloc opératoire, connaissait l'autre méthode, celle du harpon, avec son fil qui sort du corps et sa coordination serrée avec la médecine nucléaire le matin même de l'opération. Le traceur, lui, s'est posé en quelques minutes, sous anesthésie locale, sans douleur. « Tu te présentes plus calme, en sachant que tu n'auras pas à vivre le parcours du combattant. »
Les chirurgiens y voient aussi un avantage : le traceur peut être posé bien avant l'opération, ce qui évite les blocs vides et les patients qui attendent quand tout ne se coordonne pas parfaitement.
La chirurgie, une reconstruction DIEP de 11 heures, a été suivie de trois jours à l'hôpital. Caroline s'attendait au pire. « C'était plus encombrant que douloureux », raconte-t-elle, surprise d'avoir si bien traversé l'épreuve.
Des soins près de chez soi
Pour Caroline, recevoir ces soins dans sa région est plus qu'une commodité. De plus en plus de jeunes femmes, souvent des mères de famille, reçoivent un diagnostic de cancer du sein. Pouvoir se faire soigner près de chez soi, c'est un stress de moins, et des proches qui peuvent accompagner plus facilement.
À ceux qui hésitent à donner, elle répond que dans un contexte économique difficile, il n'y a pas de petits dons : « On donne à la hauteur de ce qu'on est en mesure de donner. » Et ces dons peuvent servir à n'importe lequel d'entre nous, un jour ou l'autre. « Ce qu'il faut réaliser, c'est qu'on peut avoir ça chez nous. »
L'autre côté du comptoir
Travailler dans le milieu ne l'avait pas préparée à ce qu'elle a découvert à l'oncologie : une équipe qui apporte de la joie à travers quelque chose de difficile. « Je n'allais pas à l'oncologie de reculons. » Avec les infirmières, elle riait et faisait des blagues. Elle les a vues s'entraider, se relayer auprès des patients. Cette expérience l'a réconciliée avec le négatif qu'on entend souvent dans les médias.
Au travail aussi, elle a trouvé un soutien précieux. Elle a continué à travailler jusqu'à deux jours avant son opération, un choix important pour sa santé mentale, grâce à un gestionnaire qui a adapté son horaire à ses rendez-vous. À la fin de ses traitements, toute l'équipe l'a accueillie avec un dîner et un bouquet de fleurs.
Ce qu'on dit, ce qu'on évite de dire
Avec le recul, Caroline a des conseils pour les proches. Ce qui fait du bien : « Je suis là pour toi si tu as besoin », une offre concrète d'aide, une invitation à prendre un café sur un coup de tête.
Ce qui fait moins de bien : « Tu es forte », puisque « ce n'est pas comme si j'avais le choix », et « ça ne paraît pas que tu es malade ». Elle ne se sent pas obligée d'avoir le teint gris pour que sa maladie soit crédible. Elle ajoute que ces maladresses ne viennent jamais de mauvaise foi, et que les gens deviennent plus attentifs quand on leur explique.
La perte de ses cheveux et de ses longs cils a été ce qui l'a le plus touchée sur le plan de l'image. Elle s'y était préparée, mais l'impact a quand même été plus grand que prévu. Elle s'accorde le droit d'avoir des creux, et c'est, dit-elle, ce qui l'aide à rester positive le reste du temps.
Elle parle aussi du cancer comme du « cancer que j'ai », et non de « mon » cancer. « C'est un détour que j'ai à faire dans mon chemin de vie, et après je vais repartir sur la ligne où j'étais. »
La suite
Pour Caroline, le parcours n'est pas terminé : radiothérapie, hormonothérapie, puis thérapie ciblée l'attendent d'ici la fin de l'année. Elle y pense sans s'y attarder. Elle mesure aussi sa chance : l'un de ses médicaments coûte 80 000 $ par année, et elle n'a rien à débourser. « Avant d'avoir besoin des soins, on ne sait pas à quel point le Québec est chanceux. »
Ce qu'elle voudrait qu'on retienne de son histoire tient en quelques mots : ça peut bien aller, être bien entouré fait toute la différence, et il y a toujours quelqu'un qui peut aider, « il suffit de chercher ou de parler à la bonne personne ».